Nelly Duvicq

Le territoire dans le corps

Figurations du Nord et de son absence dans la poésie orale et écrite de Taqralik Partridge

1 La poésie, sous sa forme écrite, est relativement récente dans l’histoire littéraire inuit du Nunavik. Jimmy Patsauq Naumealuk et Willy Kiatainaq avaient donné l'impulsion au genre au milieu des années 1970 avec des textes qui s’inséraient dans un courant réaliste et rompaient avec l’univers héroïque, idéal et surnaturel de la poésie traditionnelle inuit. Les sentiments vécus au quotidien côtoyaient des questionnements plus importants sur l’avenir de la société inuit, dont le futur était source d’angoisse. Emily Novalinga, née au moment des derniers soubresauts de la vie nomade au milieu des années 1950, avait, quant à elle, poursuivi l’expression de l’intimité dans ses poèmes à la fin des années 1990. Elle écrivait en 2009, quelques mois avant sa mort, que « la poésie est intimement amalgamée à l’âme humaine » (Désy et Novalinga, 2009 : 32). Sur ces traces, Taqralik Partridge, issue de la jeune génération d’auteurs inuit, originaire de Kuujjuaq et installée à Montréal depuis près de quinze ans, montre aussi à travers ses textes de spoken word et d’autres publiés que l’écriture sort tout droit de la réalité humaine, qu’elle est un outil à la portée de l’être humain et qu’elle permet à l’Inuk1 qu’elle est sinon de renouer avec le Nord, à tout le moins de le signifier.

2D’origine inuit par son père et écossaise par sa mère, Taqralik Partridge a grandi dans plusieurs villages de l’Arctique canadien, mais surtout à Kuujjuaq, au Nunavik, qu’elle désigne comme sa communauté d’origine. Chanteuse de katajjait (chants de gorge inuit), impliquée dans le monde culturel du Nunavik – elle a notamment été directrice des communications de l’Institut culturel Avataq –, elle a commencé à écrire en 2005 après un spectacle de spoken word à Toronto. Depuis, son nom s’est frayé un chemin dans le milieu de la poésie performée, et elle a voyagé à travers le Canada et plusieurs pays d’Europe pour présenter ses créations. La plupart de ses œuvres – à l’exception de sa nouvelle « Igloolik2 », pour laquelle elle a remporté, en 2010, le prix de la revue Maisonneuve – appartiennent au genre du spoken word. Forme de littérature orale contemporaine influencée par la culture hip-hop, le spoken word ou texte performé, dont le slam est l’un des sous-genres, consiste à animer un texte d’intonations, de rythmes et d’expressions corporelles en le récitant devant un public (Lalonde, 2010 : 20).

3L’entièreté de l’œuvre de Taqralik est conçue comme un trajet entre le Nord et le Sud le long duquel elle circule pour discuter des relations entre l’Inuk, le Nord et le Sud. Ses textes offrent des instantanés de plusieurs vies qui s’inscrivent dans un fin tressage de figures, de lieux et de temps où l’équilibre entre biographie et fiction s’accomplit tout en nuances. Les directeurs du collectif Corps en marge déclarent dans leur introduction que « le corps – en tant que structure ontologique – est d’abord et avant tout […] ce qui nous définit d’emblée comme humains, et qui ne saurait être étranger à toute forme de (re)production intellectuelle » (Castillo Durante, Delorme et Labrosse, 2009 : 9). Dans ces conditions, la parole littéraire est toute désignée pour élaborer « une épistémologie de la corporéité » (9). Dans les textes retenus pour l’analyse, le corps joue un rôle essentiel en tant qu’espace poreux à travers lequel la présence du Nord ou son absence agissent. Alors qu’au Nord, les corps vivent, au Sud, ils survivent ou dépérissent. Mais loin de s’arrêter à l’opposition des espaces marqués par des connotations identitaires fortes – l’Arctique face à l’Occident –, Taqralik Partridge développe un discours où le corps, en dehors de ses manifestations concrètes, est foncièrement culturel, c’est-à-dire qu’il est le relais de la culture inuit et de ses valeurs à travers ce qu’il porte, ce qu’il mange, les gestes qu’il accomplit et la façon de les faire. Encore que le corps n’incarne pas seulement un support d’expression culturelle ; Taqralik Partridge va plus loin et montre que le corps – surtout celui de la femme – constitue le réceptacle des traits identitaires inuit et assure la survie de la culture pour les générations à venir. L’auteure propose une vision singulière du rapport entre corps et culture en insistant sur la capacité du corps féminin à conserver et contenir l’histoire et la culture inuit, prêt à les disséminer.

Vivre au Nord et survivre au Sud

4Les transformations sociales et culturelles de la société inuit n’ont cessé de s’accélérer depuis les années 19503, et la poésie des années 1970 à aujourd’hui exprime le tourment, la confusion et la mélancolie – sentiments humains qui résultent de la rencontre de deux cultures que rien ou presque ne permettait au départ de concilier. Par conséquent, les poèmes ont tendance à opposer villages et villes, tradition et modernité, passé et présent, tandis que le poète lui-même ne cesse de comparer son identité à celle du Qallunaaq 4. Dans une telle instabilité, le seul lieu de repli privilégié, pour le poète, est le discours sur le territoire, plus précisément sur celui culturellement identifié comme le territoire des Inuit. Les bienfaits de la nature sont opposés aux aliénations de la modernité, et le corps de l’Inuk étreint la toundra et s’y abreuve autant qu’il résiste ou succombe à la ville. Isaac Bazié, à propos du discours sur le corps dans les littératures francophones, écrit que « la perception du corps ne peut se faire en dissociation de l’espace qu’il occupe » (2005 : 16) parce que le corps est avant tout une réalité organique, mais aussi parce qu’il pourrait même être le prolongement de cet espace. Corps et territoire partageraient un même destin : contenir et exprimer l’identité, individuelle mais surtout collective, une thématique chère aux corpus littéraires émergents. Le territoire comme bassin identitaire est justement au centre de la poétique de Taqralik Partridge, dont on pourrait diviser l’œuvre en deux catégories : les textes qui se passent au Nord et ceux qui se déroulent au Sud – bien que l’un et l’autre espaces puissent surgir à tout moment, souvent pour s’opposer, toujours pour se comparer. La jeune écrivaine joue de cette dichotomie Nord/Sud largement exploitée par les auteurs autant inuit que non inuit, où évoquer l’un et l’autre territoire, face à face ou dos à dos, est toujours une manière de se reconnecter à la terre d’origine.

5Pour les Inuit, l’espace est vécu plus qu’observé de l’extérieur et se comprend selon un rapport affectif plutôt que théorique. Les émotions fortes, esthétiques, de même que les souvenirs font partie intégrante d’un savoir géographique intime. Sur les lieux habités, la « micro-géographie » (Collignon, 1996 : 27) est favorisée et se construit à partir des multiples allers-retours entre la maison – qu’il s’agisse de la tente, de l’igloo ou aujourd’hui de la maison préfabriquée – et divers lieux de ressources : cachette où l’on entrepose la graisse de béluga, berge où l’on puise l’eau potable, lac où l’on pêche en hiver, plateau où l’on cueille des baies. Ainsi, Taqralik Partridge ne nomme pas Kuujjuaq (excepté une fois) ou Montréal, mais des micro-lieux qui évoquent une émotion ou une image familière : la rue Sainte-Catherine, la cabane de son oncle Jacob, l’aréna, le porche en arrière de la maison où l’on fume des cigarettes. Dans ces conditions, le corps en tant que filtre et émetteur des émotions est nécessairement très perméable au territoire : c’est bien le corps vécu que décrit Taqralik Partridge, le lieu des sensations à partir duquel s’organise l’espace autant que l’espace le détermine. Ainsi, le corps est en adéquation avec le territoire au point de devenir une partie de la terre inuit que l’Inuk peut transporter avec et en lui où qu’il aille, et ce, même s’il souffre de ce déracinement en devenant malade et amaigri, comme dans la nouvelle « Igloolik ».

6Au Nord, les corps sont vêtus de parkas cousus à la main dans du tissu vintage à fleurs et les lèvres sont naturellement maquillées par le jus des baies, alors qu’au Sud, on dîne au restaurant grec « with makeup and ironed shirts » (I). À la maison, quand on revient du camp, on est assis dans le fond d’un canot à moteur où, endormi, on fait corps avec la coque d’un bateau lors d’un long voyage :

I can tell you how we sat low
in canoes or slept curved
against the hull of a Peterhead5.

7Par contraste, au Sud, l’Inuk est assis dans la poussière d’une ruelle :

you never seemed to be
from any other place
but that little bit
of filth you’re sitting in6.

8Enfin, alors que les uns – ils sont toujours en groupe « side by side by side7 » – urinent à la belle étoile,

bobbing on waves and peeing
in pots with stars
and aurora overhead (AAA),

9l’autre – solitaire –, porte un pantalon souillé d’alcool et d’urine : « alcohol stench piss drenched pants » (MB). La ville s’oppose au camp, même la ville inuit de Kuujjuaq – avec ses rues sales et poussiéreuses – s’oppose à la toundra :

[this] one big tiring mattress to walk on
with sloping stone breaks
and muck to stick even hip-length boots
and pools – deep and cool
by boulders
spotted with orange, black, yellow, white, and light-green lichen (AAA).

10L’auteure reproduit là un des lieux communs de l’imaginaire nordique en opposant la pureté extrême des contrées arctiques, lieu idéal auquel les individus rêvent, à la saleté de la réalité de la vie en ville.

11Fuir la ville ne signifie pas nécessairement fuir Montréal, mais ce que représente le Sud : « clocks and telephones and mirrors » (AAA), c’est-à-dire l’accumulation des objets, « everything » (AAA). « Away from town » (ISC) pour chasser, pêcher et vivre : « to live like princes / which is nothing we know here » (ISC). « The true North » (ISC) s’oppose à un Sud fantasmé, à peine appréhendé par quelques images évanescentes, perspective qui n’est pas sans rappeler le discours allochtone qui, inversement, invente un Nord sans en avoir fait l’expérience8 :

the South which to us is just an imaginary land anyway
seen on television and lying in unread books at the school (ISC).

12Au contraire, plus encore que vécu, le Nord est incrusté dans la peau brunie par des semaines passées au camp, gravé dans les os :

and the smell of this land sunk
in their skin and in their bones (ISC).

13Si l’adéquation est telle qu’au Nord, corps et territoire ne font plus qu’un, au Sud, l’Inuk survit, avec difficulté. En fait, à moins de se métamorphoser, il est voué à la mort. À travers la voix d’Aloupa, dans la nouvelle « Igloolik », Taqralik Partridge nous livre en quelques mots les secrets de la survie en ville : « Living in the South is like holding your breath underwater for a long time. You get good at it if you want to survive. You grow gills ; you put aside the limbs you once had and you swim » (I). Le corps est contraint de se modifier au point de quitter l’espèce humaine et un mode de vie terrestre. La thématique de la métamorphose de l’humain en animal, répandue dans le patrimoine oral et artistique inuit, est ici réutilisée dans une tout autre réalité, celle de la ville et de la vie dans le Sud. Traditionnellement reliée à une crise interpersonnelle, la transformation de l’Inuk en animal traduit ici aussi un être humain en état de détresse qui s’en sort en se métamorphosant en poisson.

Le corps en manque de Nord

14« I have been very sick of living in the city », annonce Taqralik Partridge avant de déclamer son texte « In summer children ». Malade. Alors que le Nord le remplit de poissons et d’air frais, le Sud, ou plutôt l’absence du Nord au Sud, affecte le corps des personnages au point de le détériorer. Évoquant la thématique du corps dans les textes de l’auteure sénégalaise Aminata Saw Fall, Patricia Bissa Enama écrit que « le corps nous place de plain-pied dans le champ du manichéisme humain. Par lui, nous connaissons les plaisirs de la terre, de la vie, par lui aussi, nous subissons les limites de notre existence : la souffrance, la maladie, la mort » (2009 : 116). La vie au Sud confronte les personnages inuit de Taqralik Partridge à ce manichéisme et les fragilise au point d’affecter leur identité. La nouvelle « Igloolik » raconte la descente aux enfers d’un homme menant une vie modeste au Sud, qui rêve de retourner au Nord. Son corps déambule dans la cuisine d’un appartement exigu, alors que sa tête est toute à la chasse au phoque, aérée par un froid vif et sec. Le poème « My boy on the corner », quant à lui, décrit la vie disloquée d’un itinérant inuit dans les rues de Montréal. Dans ces deux textes, le corps est au centre du discours, que ce soit par les gestes qu’il accomplit, la nourriture qu’il ingère, l’environnement qu’il investit ou les vêtements qu’il porte. L’abondance des expériences sensorielles, visuelles, olfactives ou tactiles témoigne de l’intensité du réel, qu’il soit doux ou violent. L’effet de l’absence du Nord et celui de la présence du Sud structurent les textes, mais c’est davantage l’absence du Nord qui affecte les corps et les esprits, lesquels cherchent en vain à se restaurer ou en ont déjà abandonné l’espoir.

15Ranimer le corps de son compagnon, voilà ce que cherche à faire la petite amie d’Aloupa tout au long d’« Igloolik », avec de la nourriture locale – « I tried everything. I called up north every week asking for caribou, char, mattaq, misiraq, miracles. I stewed seal meat in my biggest stainless-steel pot » (I) – ; en l’habillant de vêtements traditionnels finement cousus et qui épousent les courbes du corps – « I made him new mitts that curled around his palms9 » (I) – ; ou en lui promettant quelques semaines de répit l’été suivant au campement de son oncle. Mais toutes ces tentatives de réparer le corps grâce aux soins du Nord sont un échec : « he sank all the same », « Igloolik was calling his name » (I). Aloupa devient obsédé par sa maigreur, mais le goût de manger n’y est pas : les poissons qu’il ingère n’ont aucune saveur, le bacon qu’il fait cuire au milieu de la nuit non plus ; de toute façon, « nothing tastes good here » (I). Au contraire, « everything tasted so good boiled on a blue-flamed Coleman stove », écrit Taqralik Partridge dans « After an argument ». La narratrice, dans « Igloolik », se heurte à l’impossibilité de transporter le Nord au Sud : il ne s’exporte pas, ses pouvoirs, hors contexte, deviennent obsolètes. Et si elle refuse d’accepter qu’Aloupa ne soit plus qu’un fantôme de lui-même – « but he’s not dead » (I), clame-t-elle –, son amie Alacie la ramène à la réalité : « It doesn’t matter, same thing » (I). À partir de là, il n’y a plus rien à faire, sinon accepter et mémoriser son visage, car on ne le reverra probablement plus : « I looked at him really hard, trying to memorize the curve above his lip and the shape of his forehead » (I). Le corps malade, affecté par l’absence du territoire, déconnecté du « True North », ne survit que dans l’espoir d’y retourner un jour en se nourrissant non pas de nourriture artificielle ou sans saveur, mais de souvenirs, ceux des « crowded houses and wide-open sky and good dry cold and seal hunting and all his sisters » (I).

16Dans « My boy on the corner », le corps n’est pas seulement amaigri au point de devenir fantomatique, il est avalé par la rue, par l’alcool et par les coups ; pire, il est oublié dans un coin, « on the corner of Cathcart and St. Catherine ». Le coin d’une rue, espace étriqué, s’oppose à la toundra, infinie, aussi ouverte que le ciel. L’image dramatique de l’engloutissement est reprise plusieurs fois par Taqralik Partridge pour décrire la condition d’un Inuk urbain, qu’il dorme à même le sol dans une ruelle montréalaise, ou dans une maison de banlieue confortable :

we get swallowed
we get rubbed
out we get
forgotten in an alley
in a suburb
on another planet (MB).

17Les individus sont « out », l’accent est mis sur l’adverbe : en dehors d’eux-mêmes, coupés de leurs racines, exclus du confort de la communauté où ils sont toujours le cousin ou la tante d’un autre. Ils sont effacés et oubliés dans des espaces imprécis, étrangers au point de devenir des extraterrestres. Le corps, meurtri par la rue, « beat black and blue » (MB), imbibé d’alcool, agonisant de douleur, pourrait finir par se disloquer et se manger lui-même :

I’ve seen you my boy on the corner
[…]
been wondering
if your liver jumped
out and ate you (MB).

18Le garçon n’est plus que l’ombre de lui-même, et la seule chose qui lui reste du Nord est le froid :

just a husk of you
and all you got left
from home
is cold – cold (MB).

19Cependant, ce n’est pas le froid sec et familier d’Igloolik auquel rêvait Aloupa, mais le froid humide et agressif de Montréal, le froid de la solitude, qui accompagne le jeune itinérant.

20La difficulté d’habiter son corps, visible chez les Autochtones selon l’écrivain huron-wendat Yves Sioui Durand, correspond à la perte du territoire et à sa dilapidation :

Depuis plusieurs années, le corps des autochtones témoigne des effets de la déstructuration sociale et religieuse que nos peuples ont subie au fond des ghettos que furent les réserves. L’abandon forcé du nomadisme, la négation de la psyché profonde et des archétypes culturels ont engendré des corps malades, livrés à l’obésité, à la violence, à l’alcool. Le refus d’habiter son corps, ou sa mutilation, correspond à la dépossession et à la spoliation du territoire nomade. Le corps est la métaphore du territoire ; il constitue le premier réservoir de la mémoire (Sioui Durand, cité dans Wickham, 1995 : 115).

21Sans nécessairement incriminer les assauts du colonialisme pour expliquer le refus ou l’impossibilité d’habiter son corps, l’éloignement du territoire inuit à lui seul suffit à placer l’Inuk dans des dispositions précaires. Taqralik Partridge évoque son expérience personnelle en ces mots :

It’s very strange to me how we can live and have two realities. I come from this place that’s vast and open and beautiful, but I live and work in this place that is constricted and full of so many things going on. I love Montreal and I love the city, and yet in many ways I feel like an outsider (Partridge, citée dans Leventhal, 2007).

22À nul moment, Taqralik Partridge ne donne les raisons qui ont poussé les personnages inuit de ses textes à quitter le Nord ; en revanche, il lui fallait trouver une raison à toute cette souffrance qu’ils vivent au Sud :

let me say it plain
we’ve got to suffer
to really see (MB).

23Ses personnages se rendent compte qu’ils font partie d’une espèce en voie de disparition :

but maybe
it all still means
something
like we’re almost
an extinct species
almost (MB).

24Les protagonistes saisissent non seulement la beauté familière du Nord quasiment perdue au contact de l’étrangeté du Sud, mais aussi la valeur de la race qu’il faut sauver de l’anéantissement. Il n’est pas seulement question de la survie des corps, la survie de l’identité est également en danger. Dans son court-métrage intitulé « Si le temps le permet » (2004), l’auteure-compositrice Elisapie Isaac montre que l’effritement identitaire menace autant les Inuit qui vivent au Nord que ceux qui vivent au Sud. Néanmoins, la ville semble en accélérer le processus. Elle-même installée à Montréal depuis près de quinze ans, elle déclare dans le film : « Depuis que j’ai quitté Salluit, j’ai peur de m’effacer. » Cet éventuel émiettement de l’identité préoccupe visiblement aussi Taqralik Partridge, qui s’efforce de montrer à travers sa poésie que les femmes inuit, par leur manière d’être, se consacrent corps et âme à assurer la survie de la culture.

Le corps de la femme : continuité et puissance de la culture

25Dans la poésie de Partridge, le corps de la femme inuit dépasse sa matérialité biologique – le fait qu’il soit constitué de tissus et de muscles – pour non seulement devenir la représentation d’une structure sociale, mais aussi perpétuer la culture inuit.

26Généralement, trois éléments sont ramenés au premier plan par les auteurs inuit pour définir leur culture : le territoire, la langue et « la manière inuit », trois éléments qui structurent également la poésie de Taqralik Partridge. Ainsi, l’auteure s’efforce, au fil de son œuvre, à définir le territoire comme espace mental (émotionnel et esthétique) et comme espace culturel. Aussi, l'irruption récurrente de l’inuktitut dans ses textes – écrits en anglais – vient non seulement combler les lacunes de la langue de l’Autre pour signifier le Nord, mais aussi réaffirmer une identité proprement inuit. De cette façon, l’auteure s’associe à l’auditoire inuit en créant un espace intime que seuls les initiés peuvent pénétrer, et affirme du même coup son appartenance à la communauté inuit devant le public allochtone et autochtone. Enfin, ce que je désigne par la « manière inuit » peut se subdiviser en deux : d’un côté, les pratiques ancestrales toujours utilisées – comme couper du mattak avec un ulluk 10 ou porter des bottes entièrement faites de peau de phoque – ; de l’autre, l’utilisation « à la manière inuit » d’éléments occidentaux – chasser avec un fusil mais selon des codes inuit, coudre des vêtements traditionnels (amautik, parka) avec des tissus du Sud ou partager un repas assis par terre en disposant la nourriture sur un bout de carton.

27Tout cela compose l’Inuitness, pour reprendre un terme utilisé par Taqralik, dont elle résume très bien les enjeux lorsqu’elle répond à une remarque sur sa tenue lors d’un congrès, alors qu’elle portait un amautik « modernisé », c’est-à-dire augmenté de perles et cousu dans un tissu brillant : « We do not have to wear exactly what our parents and grand-parents wore in order to represent Inuitness ; we can use new materials and modify patterns as long as we are recognized as different and Inuit » (Partridge, citée dans Graburn, 2006 : 143). Dans ses textes, l’auteure ne cesse d’apporter des éléments qui nourrissent une définition communautaire de cette Inuitness, dont la puissance sexuelle est la caractéristique la plus éclatante. Le corps culturel, le corps inuit décrit comme « fine Inuk body11 », est le lieu du désir, de la vitalité et de l’affirmation de soi. « Eskimo chick » est l’un des textes les plus connus de Taqralik Partridge, dans lequel, en évoquant une amie précise, elle célèbre les filles inuit, qu’elle nomme les chicks. Le mot « Eskimo » est volontairement utilisé parce que, dit-elle, « it is a funny word if it is used in the right way12 ». Amusant par sa sonorité totalement étrangère à la langue inuit – c’est un mot algonquin –, ce terme a été remplacé dans un mouvement d’autodétermination par l’ethnonyme « Inuit », adopté officiellement par la Conférence Circumpolaire Inuit en 1977. Si, pour les Inuit, l’usage du terme « Eskimo » est généralement perçu comme dégradant, il est encore bien implanté dans la représentation collective que se font les non-Inuit de la communauté inuit. Par ailleurs, il porte en lui une imagerie populaire dont Taqralik se joue ici en déplaçant la portée avilissante de ce terme vers une représentation émancipée. Entrecoupé de sons gutturaux traduisant l’intensité des émotions suscitées par le pouvoir séducteur et ravageur du corps inuit, le texte contient en même temps sa réalité et sa fiction en se jouant du cliché selon lequel la fille inuit est « hot ».

Eskimo Chick
You are it
Whenever I see you my heart goes
Tick tick tick
And then thump thump thump
And then umma umma umma
You turn heads wherever you go
You wear cool like only an Eskimo can
Hold the glam
Other girls have Louis Vuitton baggage
And Calvin Klein pasts but
You and me,
We got seal skin hopes and dreams
Your gramma must have been a hottie
And she got down and naughty
With some fine Inuk body
Because, you are all that
And a bag of nikkuk chips
When we are stuck in a white out lights out
Night out on the town, male strong
You can keep me warm with your quick wits
And your big beautiful mitts
I’ll be your compass in a storm
No lie I look you in the eye
And see a fine line of generations to come
All sprung from your womb, no room for suicide.
Suicide is not the way to go.
Remember I see you and it’s
Tick tick tick
And then thump thump thump
And then umma umma umma
And you’re not just surviving you’re thriving
I hope I’m alive when you’re 90
So I can turn to you and say,
Eskimo Chick, you are it (EC).

28Le pouvoir de séduction est atemporel, vieux de plusieurs générations – « Your gramma must have been a hottie » (EC) –, puisant sa force dans la culture et les histoires de survie. Aucune fille du Sud arborant un sac Louis Vuitton ne peut rivaliser avec une « Eskimo Chick » habillée de peau de phoque, d’espoirs et de rêves. Le glamour nordique est naturel, il ne se perd pas en route, avec l’âge ou les variations de la mode, il est éternel. Dans un autre poème, Taqralik évoque sa tante, et la puissance corporelle et spirituelle de la femme inuit est à nouveau commémorée :

My auntie brew is hot
tea and she is not
a bread and butter lady
her hands
and face and most of her rest
is tanned and rough in places13.

29Elle a su se ménager une vie « between starving and carving a life out » (A), parce qu’elle est experte en « step, stitch and shot » (A). Ainsi, comme les Eskimo chicks, « [she’s] not just surviving [she’s] thriving » (EC). Par ailleurs, le corps est celui qui assure la survie, soit comme nourriture – « Because you are all that and a bag of nikkuk14 chips » (EC) –, soit comme source de chaleur pour le corps et comme source d’inspiration pour l’esprit :

30Le corps culturel est la boussole qui permet de retrouver son chemin en plein blizzard, ou le guide dans la détresse. Dans « My boy on the corner », la voix qui sauve l’itinérant inuit est celle de la femme, écrivaine, passeuse d’histoires, inspiratrice. Guidée par la mémoire qu’elle contient en tant que dépositaire de la culture, la narratrice transmet les mots et les gestes de ceux qu’on aime et qu’on a aimés, vivants ou morts, et rappelle la présence d’un Nord sublime à travers une description dont la sensualité se confond avec celle du territoire lui-même :

remember
how the river
mouth runs salty
and the geese fly
over and every bit
of wetness is chilled
down to thin
sheets of ice
and the moon
swells fuller in fall (MB).

31Ce passage fait écho à toutes les générations passées et à venir. Ainsi, la femme inuit contient l’avenir dans son corps et est en mesure de le prédire :

No lie I look you in the eye
and see a fine line of generations to come
All sprung from your womb (EC).

32La figure maternelle, justement, constitue un point d’ancrage à partir duquel les personnages des textes sélectionnés vont s’élever. Elle accueille dans ses bras les corps blessés, qu’elle enveloppe d’une peau de caribou réconfortante :

I got you
I got you
wrapped up
in caribou
skin and wound
round with sealskin rope (MB).

33Elle apaise les esprits agités en leur offrant le confort de la reconnaissance filiale :

she made bannock and called me
panik – daughter
and I was appeased (AAA).

34Enfin, elle guide les âmes perdues en leur rappelant des légendes traditionnelles inspirantes :

the moon the man
came down from
to beat the blind boy
back into sight
remember ? (MB)

35Le déploiement de la figure féminine s’accomplit dans une danse de la culture où les femmes s’appliquent à exécuter les gestes et à transmettre la musique – légendes et anecdotes – de la culture inuit. Chez Taqralik Partridge, les femmes sont les maîtres de la parole ; elles savent attiser ce pouvoir dans des conversations quotidiennes, en tirant sur une cigarette : « She liked to take a puff between sentences for emphasis » (I). Dans une entrevue, l’auteure explique qu’elle s’inspire d’histoires vraies de personnes qu’elle côtoie ou qu’elle rencontre, et on ne sait si c’est intentionnel ou involontaire, mais « Women stories are the ones that I always hear », conclut-elle dans une entrevue pour CBC Books en 2012. Et si les corps des personnages féminins ne souffrent pas de l’absence du Nord, c’est qu’ils portent en eux la substance culturelle, les histoires, le pouvoir de perpétuer. Les organes font corps avec le territoire nordique comme dans l’expression « saltwater heart » (MB) et écartent ainsi la menace d’une détérioration de l’identité.

36Dans son mémoire de maîtrise, Kevin John Kardynal explique que les écrivaines autochtones ont cette particularité de construire l’identité comme dépendante de la communauté :

Native Canadian women writers tend to depict identity as not merely self-defined, but communal. They often situate identity in the ties to the people who surround the main character. […] The words (silences) and actions (inactions) of others help define the character, as opposed to an egocentric transmission of one’s internalized self-image (Kardynal, 1999 : 13-14).

37Les écrits de ces femmes dénotent l’importance de la filiation avec leurs aînées, mais aussi avec leurs contemporaines, de sorte qu’on parle de construction communautaire de l’identité. Les personnages féminins sont omniprésents dans les textes de Taqralik Partridge, et l’imbrication de leur destin personnel et collectif est parfaitement exécutée. Sa poétique illustre la détermination des femmes inuit à conserver, malgré la perméabilité aux changements qu’elles ont connus, les traits essentiels de l’identité qu’elles ont reçus en héritage de leurs ancêtres, qu’elles partagent fièrement avec leurs contemporaines et qu’elles transmettront à leur progéniture. Ainsi, la danse des mères inuit, ces « femmes toujours » que Taqralik décrit dans un poème publié en 2010, met en scène des corps qui entourent les nouveau-nés, des bras qui forment un berceau de culture, solide parce qu’« elles bougent ensemble15 », « l’une vers l’autre » (MI). L’harmonie des corps se réalise dans un cercle parfait où

le visage répondant
à l’épaule qui répond
à la cuisse qui répond
à la grâce d’un pas tranquille (MI).

38Dépositaires des mots, poètes de la culture, elles assurent sa transmission lorsqu’elles « scandent vers et méandres » (MI) aux nouvelles générations qui, par leur seule existence, prouvent que la culture inuit est bel et bien vivante. Les femmes transportent, littéralement, la culture, comme « elles portent des enfants sur leur dos » (MI), sans même y penser vraiment.

〜 ∞ 〜

39Dans les textes de Taqralik Partridge, les corps des personnages sont traversés par l’histoire et la culture inuit. Corps et Nord, pris l’un pour l’autre, mettent en question l’identité de ces personnages qui errent au Sud et souffrent d’être déconnectés du Nord. Si le quotidien se nourrit du souvenir de la toundra, que les corps ont besoin d’être vêtus de vêtements traditionnels inuit, c’est que ces commémorations du Nord font figure d’abris temporaires. Déterritorialisé, l’Inuk subit les agressions d’un Sud menaçant son identité, en raison d’une alimentation insipide, de l’exiguïté des espaces citadins, de l’alcool, de l’humidité et de l’anonymat. Les textes qui se déroulent au Nord décrivent l’image d’une filtration de l’extérieur vers l’intérieur, et vice versa. Boire une gorgée d’eau de la rivière équivaut à boire la nature et à se réinscrire en elle. Les frontières sont floues, on ne sait plus si c’est le corps de l’Inuk qui traverse le territoire ou si c’est le territoire qui le traverse. Quelques années avant Taqralik, Vickie Simigak, originaire du Nunavik également, se posait la même question :

Smoothly speeding the water
You feel like the Sun
You wonder :
Is it you going by the land,
or the land passing by ? (Simigak, 1994 : 88)

40En revanche, les textes qui se déploient au Sud décrivent un mouvement à sens unique où le territoire, qui subsiste dans les corps seulement par les réminiscences, quitte les hommes pour les laisser inertes, purgés de leur identité. Ce sont bien les hommes qui quittent le Nord, car il revient aux femmes, dans la poésie de Taqralik Partridge, d’assurer la survivance culturelle par leurs corps gonflés d’érotisme à l’état brut, véritables réservoirs d’Inuitness, et de relier, en fin de compte, le Sud et le Nord, comme le fait l’auteure à travers ses textes, clamés les pieds dans la ville, mais dont la poésie pointe vers le Nord. « Because I grew up in the North, I identify more with being Inuk. But I never had an Inuk woman in the house », explique Taqralik. « I feel like everything about Inuit women fascinates me because there’s that little bit of otherness, and they’re also me at the same time » (Partridge, citée dans Leventhal, 2007). Ces femmes – desquelles elle emprunte les histoires et auxquelles elle donne voix – lui ouvrent les portes d’une communauté, celle des femmes inuit, dont Taqralik se laisse inspirer pour à son tour souffler à l’oreille d’autres les secrets de la culture inuit.

Notes

1  Dans la langue inuit, l’inuktitut, Inuit désigne les humains et Inuk désigne un homme ou une femme au singulier.

2  Taqralik Partridge, « Igloolik », 2010b. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention I.

3  Lire à ce sujet le premier chapitre de l’essai de Thibault Martin (2003).

4  Le Qallunaaq correspond à celui que nous désignons communément par « le Blanc » sans qu’il soit pour autant de couleur blanche ; c’est le non-Inuit, le plus souvent occidental.

5  Taqralik Partridge, « After an argument », 2010a. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention AAA.

6  Taqralik Partridge, « My boy on the corner », 2009b. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention MB.

7  Taqralik Partridge, « In summer children », 2011. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention ISC.

8  Les recherches sur l’imaginaire du Nord et l’ensemble des discours qui le composent menées par Daniel Chartier ont montré que dans bien des cas, la représentation discursive de l’Arctique se construit en dehors d’une expérience réelle de cet espace et selon un catalogue de stéréotypes repris d’un texte à l’autre. Voir Daniel Chartier (2005, 2007).

9  La confection des pualuuk, des mitaines cousues à la main le plus souvent dans du cuir ou de la peau de phoque, est une activité traditionnelle et toujours pratiquée par de nombreuses femmes inuit.

10  Le mattak est la peau de béluga, un des mets traditionnels les plus appréciés des Inuit, que l’on coupe avec un ulluk, le couteau des femmes en forme de demi-lune.

11  Taqralik Partridge, « Eskimo chick », 2008. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention EC.

12  Taqralik Partridge, introduction à « Eskimo chick » lors de sa prestation à Iqaluit en 2008.

13  Taqralik Partridge, « Auntie », 2009a. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention A.

14  Le nikkuk est du caribou séché.

15  Taqralik Partridge, « Mères inuites », 2010c. Désormais, les renvois à ce texte seront signalés par la mention MI.

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Notice biobibliographique

Nelly Duvicq est étudiante au doctorat en études littéraires à l’Université du Québec à Montréal (UQAM) sous la direction de Daniel Chartier. Son sujet de thèse porte sur les écrits du Nunavik depuis 1959 à nos jours et sur les conditions d’émergence d’une littérature inuit. Depuis 2007, elle a participé à de nombreux travaux au Laboratoire international d’étude multidisciplinaire comparée des représentations du Nord, dont le projet de recherche collectif réunissant l’Université McGill et l’UQAM sur « la mise en valeur du patrimoine écrit du Nunavik » subventionné par l’Année polaire internationale. Elle a dirigé le numéro de mars-avril 2009 de la revue Spirale sur les « Phénomènes contemporains de la culture inuit ». Nelly Duvicq prépare également, en collaboration avec Daniel Chartier, l’édition en français d’un recueil des écrits inuit du Nunavik. Contact : Boîte postale 153, Ivujivik (Québec), J0M 1H0.

Pour citer cet article :

Nelly Duvicq (2015), « Le territoire dans le corps. Figurations du Nord et de son absence dans la poésie orale et écrite de Taqralik Partridge », dans temps zéro, nº 7 [en ligne]. URL : http://tempszero.contemporain.info/document1082 [Site consulté le 9 avril 2018].

Résumé

Dans ses textes de spoken word et de prose, la poète inuit Taqralik Partridge, originaire de Kuujjuaq, discute des relations entre l’Inuk, le Nord et le Sud. Le corps, en tant qu’espace perméable à travers lequel la présence du Nord ou son absence agissent, joue un rôle essentiel dans la poétique de l’auteure. Cet article montre dans quelles conditions les corps vivent au Nord, alors qu’au Sud, ils survivent ou dépérissent. Cependant, loin de s’arrêter à une conception manichéenne des relations Nord-Sud où la culture inuit s’oppose à celle de l’Occident, Taqralik Partridge développe un discours où le corps – surtout le corps de la femme –, peu importe où il se trouve, est le relais de la culture inuit et de ses valeurs à travers ce qu’il porte, ce qu’il mange, les gestes qu’il accomplit et la façon de les faire.

In her spoken word and fictional texts, the Inuit poet Taqralik Partridge, born in Kuujjuaq, explores the relationships between the Inuk, the North and the South.  As a porous space through which the presence and the absence of the North  is acted out, the body plays an essential role in  the author’s poetics. This article aims to analyse the conditions in which bodies “live” in the North, whereas in the South they “survive” or “wither”. However, far from settling for a Manichean vision of the North and South, in which Inuit culture is opposed to that of the Occident, Taqralik Partridge constructs a narrative where the – mostly female – body, regardless of its location, acts as a conduit to Inuit culture and its values through the clothing worn, the food eaten, the gestures made and the manner in which these activities are assumed.

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ISSN 1913-5963